The lions by the river Tigris
2025

The lions by the river Tigris

À Mossoul, ravagée par la guerre, trois hommes s’acharnent à raviver l’identité de la ville. Tandis qu’elle se reconstruit, une renaissance culturelle émerge : femmes, théâtres, musique et patrimoine renouent avec une histoire huit fois millénaires.

1h 32min
Mossoul : des ruines visibles aux ruines invisibles !

THE LIONS BY THE RIVER TIGRIS

Le documentaire est une rencontre entre l’intention du réalisateur et l’imprévisible du réel. Et souvent, les plus grands documentaires naissent justement de cette dérive.

En découvrant le documentaire de Zaradasht Ahmed, rien ne laisse deviner qu’il devait, à l’origine, être une enquête sur la mystérieuse « Batterie de Bagdad ». Cette intention première, absente de l’écran, a été révélée par le réalisateur à l’issue de la projection lors des Journées cinématographiques de Carthage où il a remporté le Tanit d’argent. Le projet initial s’est dissous avant même de devenir récit : l’objet qu’il croyait disparu n’avait jamais été volé. Il était simplement caché. L’énigme s’évanouit. Le film doit renaître ailleurs. Ce déplacement dit quelque chose d’essentiel sur la nature même du documentaire. Le réel ne se laisse pas enfermer dans une idée préalable. Il résiste et impose sa propre logique.

Pendant cinq années de tournage, Ahmed accumule plus de 600 heures d’images. Aucun scénario rigide, aucune structure figée. Le film se construit dans la durée, au contact des êtres et des lieux.

À Mossoul, dévastée par la guerre contre l’organisation terroriste D.A.E.C.H, ce sont les ruines qui dictent le rythme. Une maison détruite, deux lions de pierre encore debout, un pêcheur qui refuse d’abandonner les vestiges de son passé. Puis un musicien qui rejoue dans l’espace public après des années de peur. Et un collectionneur qui tente de sauver les fragments d’une mémoire dispersée. Le film ne choisit pas ces figures : il les rencontre. C’est pourquoi il paraît vivant, presque organique. On a le sentiment qu’il ne raconte pas une histoire construite, mais qu’il capte le pouls d’une ville qui cherche son souffle. Le documentaire, ici, ne prouve rien. Il écoute. Il observe. Il accompagne une transformation en train de se faire.

Ce qui devait être un film sur un objet antique devient ainsi un film sur une identité en reconstruction et sur la mémoire fragile d’une cité blessée. Et c’est peut-être cela, au fond, l’essence du documentaire : accepter que le réel fasse dériver le projet initial, pour atteindre une vérité plus profonde que celle que l’on était venu chercher.

Devant cette maison détruite dont il ne reste qu’un portail surmonté de deux lions sculptés, le film trouve son cœur. Ces lions ne sont plus de simples ornements architecturaux. Ils deviennent les gardiens d’une mémoire familiale, les témoins d’une continuité brisée. Le documentaire opère alors un déplacement fondamental : il s’agit désormais de suivre ce qui a été arraché à une ville entière. Le film repose sur une tension humaine subtile.

Bachar, le pêcheur, protège les vestiges de sa maison comme on protège une part de soi. Pour lui, le patrimoine n’est pas une valeur abstraite : c’est son histoire intime.

Fakhri, collectionneur passionné, sauve des milliers d’objets des décombres et transforme sa maison en musée improvisé. Il croit préserver la mémoire collective, mais son geste pose une question morale : Peut-on sauver l’histoire en détachant les objets de ceux qui les habitent ?

Fadel, le musicien, incarne une troisième voie. Après avoir caché son instrument sous la menace de D.A.E.C.H, il joue désormais dans les rues et enseigne aux jeunes, souvent des filles. Là où les pierres tentent de reconstruire le passé, la musique ouvre un futur.

Ce triangle narratif donne au film une profondeur remarquable : il s’agit à travers ces images de redéfinir ce que signifie appartenir. Dans l’imaginaire irakien, le fleuve Tigre est la matrice de la civilisation mésopotamienne, le témoin des empires, des invasions, des renaissances. À l’image du fleuve, Mossoul, la deuxième plus grande ville d’Irak, continue de couler à travers l’histoire. Les régimes passent, les guerres ravagent, mais quelque chose persiste. Le film capte cette persistance. Ce qui frappe, c’est que la guerre n’est jamais le spectacle central. Elle est une ombre. Le film s’intéresse plutôt à l’après : Comment une ville se relève-t-elle ? Comment l’art, la mémoire et les gestes ordinaires deviennent-ils des actes de résistance ?

Au fond, le documentaire pose une question simple et vertigineuse : peut-on reconstruire une identité après l’effondrement ? Et peut-être que la réponse n’est ni dans les musées, ni dans les pierres, mais dans la capacité des habitants à réinvestir leur propre récit.

Fadoua Medallel | Février 2025

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