Cast & Crew
Couleurs, désirs et vents !

Where the Wind Comes From, d’Amel Guellaty, m’a évoqué, par certains aspects, les univers légers et ludiques de notre jeunesse. Le film joue avec la rêverie : des idées ou visions presque surnaturelles, que la protagoniste imagine, prennent forme à l’écran, transformant pensées et fantasmes en scènes visibles. Cette capacité à rendre tangible ce qui est intérieur et irréel crée une dimension poétique où la frontière entre réalité et imagination devient fluide.
Les effets spéciaux sont assez soignés. Il semble que beaucoup de travail ait été effectué en Inde, ce qui est impressionnant et montre une volonté de donner au film une ampleur visuelle ambitieuse, même si cela soulève la curiosité sur les possibilités techniques locales en Tunisie.
Dès l’ouverture, le film installe sa dramaturgie par la couleur. Le rouge d’Alyssa et le bleu de Mehdi, complémentaires mais opposés, traduisent une tension discrète : celle de deux élans qui se répondent sans jamais se confondre. Le rouge porte l’impulsion, le désir, l’impatience, la vitalité qui animent Alyssa, comme une flamme qui guide ses choix et ses élans ; Le bleu suggère la retenue, l’observation, une forme de distance intérieure, comme un calme derrière lequel se devine la prudence, la sensibilité de Mehdi. Entre eux, le titre en jaune agit comme une zone de passage, une vibration commune qui les relie et les met en mouvement. Cette palette simple devient ainsi un langage narratif à part entière, annonçant une relation fondée sur l’attraction, la friction et la circulation des désirs. Le rouge et le bleu des personnages dialoguent avec leur environnement : au milieu des façades fatiguées du quartier, deux murs investis par le dessin et le graffiti semblent refléter leur énergie et leur tension. Ces gestes artistiques surgissent comme des prolongements de leurs émotions, des éclats de couleur qui rompent l’immobilité du béton et donnent au récit une respiration créative, une ouverture vers un ailleurs où le désir et la rêverie peuvent circuler librement.
En tant que road movie, le film suit bien les codes du genre : le voyage, les rencontres et les petits imprévus qui rythment l’aventure. Cela me fait penser à Startup de Hayfel Ben Youssef, avec Nidhal Saadi et Fatma Bouaoun, où les protagonistes partaient eux aussi à Djerba, avec pour objectif de pitcher un projet dans le cadre d’une compétition. Mais c’est là la seule similitude entre les deux films : l’approche reste complètement différente. Where the Wind Comes From explore l’aspiration à la liberté, la frustration d’une jeunesse en quête de sens et l’intensité d’une relation forte entre deux amis qui partagent une intimité singulière.
Le film garde un ton léger et un rythme posé. Même si certains éléments du quotidien des personnages sont clairement exposés, ces détails restent souvent à la surface. On perçoit les enjeux et tensions, mais ils ne sont pas toujours pleinement développés, ce qui peut donner au spectateur l’impression d’une narration un peu creuse ou superficielle. Cette légèreté ne diminue pas l’intérêt du film, mais elle place le récit davantage dans une expérience stylisée et vivante que dans un approfondissement psychologique ou social fort.
L’expérience du public est également intéressante à observer : le film captive et absorbe particulièrement l’attention de la génération Z. On peut imaginer que ce type de narration, mêlant humour, légèreté et rythme accessible, constitue un divertissement agréable, simple et attachant, sans chercher à atteindre une complexité ou une réflexion profonde.
Where the Wind Comes From illustre une approche originale et moderne du cinéma tunisien et constitue une belle occasion de soutenir le cinéma national en salle, qui explore aujourd’hui de nouvelles formes et de nouveaux récits.
Fadoua Medallel | Janvier 2026

