Palestine 36
2025

Palestine 36

Palestine, 1936. La grande révolte arabe, destinée à faire émerger un État indépendant, se prépare alors que le territoire est sous mandat britannique.

Filmer pour exister : Palestine 36 et la reconquête du récit !

Depuis des décennies, le cinéma occidental nous a appris à regarder le monde à travers ses récits : des super-héros américains aux films historiques européens, chaque image véhicule une vision de l’histoire, une morale et parfois même une religion implicite du héros et du sacrifice.

Ces récits, répétés, raffinés et diffusés massivement, ont fini par nous former culturellement. Ils nous ont appris à regarder l’histoire avec leurs codes et leurs références. En tant que spectateurs du Sud, nous avons souvent appris l’histoire des autres avant d’apprendre la nôtre.

Face à cette domination des récits occidentaux, le cinéma du Sud reste fragile mais fondamental. Lorsqu’il existe, il propose une contre-narration : une autre manière de dire le monde, depuis ceux qui l’ont vécu comme dominés ou colonisés. Le cinéma libanais, par exemple, a longuement documenté la guerre civile, au point parfois de s’y enfermer, faisant de ce conflit un noyau central de son identité cinématographique jusqu’à une période relativement récente. Ce travail, malgré ses limites, a permis aux Libanais de se raconter à eux-mêmes, de produire leurs propres images et leurs propres blessures.

La Palestine est présente au cinéma international, mais le plus souvent à travers des points de vue extérieurs, humanitaires, journalistiques ou idéologiquement biaisés. Certains cinéastes arabes ont, très tôt, tenté eux aussi de donner voix à la cause palestinienne : Borhane Alaouié, Michel Khleifi, Elia Suleiman, Mohamed Bakri, Hany Abu-Assad, Joumana Manaa, Rashid Masharawi ou, plus récemment, Annemarie Jacir. Ils ont cherché à restituer une parole palestinienne à la fois intime, politique et poétique. Leur cinéma raconte une existence entravée, une mémoire menacée. Ils nous content une identité en lutte.

C’est dans cette continuité que s’inscrit toute l’importance de Palestine 36. Le film rappelle un épisode historique oublié et participe à un geste fondamental : celui de reprendre la narration. En proposant un point de vue ancré dans la réalité palestinienne et arabe, il refuse la narration dominante et affirme que l’histoire de la Palestine ne peut être racontée que par ceux qui en portent la mémoire, dans le corps et dans la douleur de la perte.

Palestine 36 est un acte de résistance symbolique, une tentative de rééquilibrage du regard. C’est une réponse cinématographique à des décennies d’effacement narratif.

Le film est excellent de ce point de vue. Il nous montre qu’il est possible de raconter notre histoire avec nos voix et nos codes. Ce film est un appel à construire nos propres récits, à reprendre la narration de nos histoires et à affirmer notre mémoire face aux narrations dominantes. Apprenons à nous raconter nous-mêmes, plutôt que de toujours être racontés par les autres.

Fadoua Medallel | Janvier 2025

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